Elodie, Troisième

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C’était Samedi dernier, devant la télévision, sans franchement la regarder. Elodie et moi, nous nous parlions, sans vraiment s’écouter. Presque allongée, dos contre le mur, elle terminait la confiture de fraise de ma maman. Et la cuillère dans la bouche, il lui arrivait d’inspirer doucement en fermant les yeux, et c’était très beau.


Moi :
De manière générale, il ne faut pas m’en vouloir. Je suis un garçon un peu torturé qui confond le beau et le bien. Le fantasme et l’espoir. Le silence et l’intelligence. La vie, et les chansons de Lio des eighties.

Elodie : Les ennuis commencent à partir du moment où un garçon me dit que je suis jolie, hors du commun, spéciale, ce genre de bêtises que tu connais bien. Où quand un garçon me dévisage, en murmurant « à très vite » avec un petit sourire idiot. Là, souvent, bon, une fois sur deux, je plonge, pour faire comme une « vraie » fille. Je le laisse m’aimer quoi, avant de ne plus pouvoir tenir puis l’abandonner, lorsque mon manque-tendresse est rassasié. Tel est mon perpétuel processus.

Moi : Je me demande pourquoi MTV a été retiré du Bouquet TV de la Freebox

Elodie : La vérité, je crois, c’est que suis attiré par les hommes qui ne viendront jamais vers moi, ceux-là, dont je n’aurais jamais le cran d’aller voir. Tu vois, je n’ai pas tant confiance en moi que cela, je me laisse porter par le courant ; Je ne sais où il me mènera, mais au moins, je ne coule pas.

Moi : Elle ne m’a pas regardé. Tu le crois ça ? Jamais vraiment. J’étais à côté, une entité quelconque. Un individu, un type, un gars, un passant juste un peu insistant. Rien pour ainsi dire, ou presque, de toute évidence pas assez. J’ai tenté d’être drôle, simple, taché de sourire plus que de coutume,  d’entamer deux-trois conversations, hâtivement étouffées dans l’oeuf, inanité oblige. Tout est si prévisible, tout se répète, tout se confirme. Réinitialiser son programme à chaque histoire, et les mêmes conclusions, amères, cruelles, incroyablement pitoyables.

Elodie : Mon pauvre petit chou. Je vais te plaindre.

Moi : Mais vas-y, plains moi, je t’en prie. Je tiens, moi aussi, à jouer mon rôle de pessimiste culturel français, celui que fustigeait Emmanuel Todd ce matin sur France Inter. Être le petit intello narcissique, autistique, condescendant et mélancolique, se foutant de la marche du monde, refusant de se dévouer à collectivité (tout en affirmant le contraire), avant tout obsédé d’épanouissement corporel, sexuel, esthétique.

Elodie : Mais ta gueule !… Tu es ridicule. Et moi-même, je suis ridicule. Je suis une caricature, qui je pense n’existe pas dans la vie réelle. Tu es obsédé par le mythe de la nymphette, Lolita ou tout ce que tu veux, tu es triste alors me voici créé. Et après mon loulou, et après ?… Mon personnage n’est là que pour confirmer tes théories vaseuses, du type femme fatale, Cruella à peau dorée au sourire mutin et aux ongles manucurés. Voilà la vérité : tu amplifies, tu simplifies, tu tiens avec ma présence à te complaire dans ta propre merde.

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Ainsi Samedi dernier, elle et moi regardions la télé, et le temps passait lentement. Presque allongée, dos contre le mur, Elodie semblait s’endormir. A la télévision il y avait les Victoires de la Musique. Et Bashung qui reçoit son troisième trophée, puis chantonne « Un jour je t’aimerai moins / Jusqu’au jour où je ne t’aimerai plus / Un jour je sourirai moins / Jusqu’au jour où je ne sourirai plus ». Bleu pétrole n’est pas mon préféré, certes bon mais pas au niveau des deux derniers,  je ne sais pas s’il méritait un tel triomphe. En tout cas, c’était dur de le voir dans cet état. Assistais-je à une sorte d’enterrement préliminaire ?… La salle qui frappe frénétiquement des mains, Pascal Nègre qui en profite pour verser sa petite larme…

Demain, j’irais voir l’expo David Lachapelle à la Monnaie de Paris, et je vais être obligé de feindre une culture générale en Art… On se rendra vite compte de l’imposture, mais que faire ?… Elodie rampe plus ou moins sur le sol (quelle feignasse, tout-même), elle me dit que je devrais mettre en ligne la première page de la pièce de théâtre qui a survécue. Il y a que la moitié qui a survécu, je lui rétorque. C’est déjà bien, elle me répond. Et elle a raison, j’ai perdu une bonne centaine de pages avec l’anéantissement mon disque dur externe y’à trois mois. Autant bichonner mes quelques vestiges en les exposant. Oui mais où ? Il va falloir que j’ouvre un nouveau blog… Oui mais où ?…

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Tu veux que je te suce ?.. Me demande Elodie, qui pose sa tête sur mes genoux
Un peu de retenue, je suis en train de t’écrire
Je peux te réciter du Baudelaire
Non-plus
Et, vertigineuse douceur ! / A travers ces lèvres nouvelles / Plus éclatantes et plus belles / T’infuser mon venin, ma soeur !
Par coeur quand même, bravo
Ca épatera tes lecteurs
Je fais quoi demain, pour l’expo, je joue le connaisseur ?
Sois toi-même
Vaste programme …

jD

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